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Spinoza encule Hegel (extrait) |
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Je criais à
pleins poumons : « Spinoza !» J’étais sûr à
présent que deux visages s’éclairaient, plus loin, quelque part, dans les
chênes verts, les aubépines, la garrigue. La DS réapparut tout à coup, assez
près, quatre types à bord. Je tirai mais elle était trop loin pour. Ils
fuyaient. Sur la route, au fond, juste avant le tournant libérateur pour les
aspirations hégéliennes, déboucha Gilbert. Il avait dû passer par le gué. Il
se planta au milieu de la chaussée en déchargeant la Kalachnikov sur la
voiture qui fonçait sur lui. La DS le percuta, passa dessus et cogna, folle,
sur la falaise bordant la route. Je courus vers elle, sans prendre de
précaution supplémentaire. Deux Hégéliens sortirent du véhicule aplati et
immobilisé. Les deux autres avaient été passoirisés par Gilbert. Je tirai en
pleine course, en tuai un, le métier entrait, l’autre me visa avant que je
puisse recharger la cullasse. Je sautai dans le fossé. Il en profita pour
essayer de se mettre à l’abri. Pour s’enfoncer dans les broussailles, il
escalada le remblai pierreux. François
était là, debout, le regardant venir vers lui, démoniaque et impénétrable. Il
lui tira ses deux cartouches de chevrotines au visage. Le Jeune Hégélien
plongea en arrière, souleva un petit nuage de poussière, se tortilla un peu
et mourut. Fini Hegel. Mes oreilles
résonnèrent des détonations, puis petit à petit, le silence revint, et les
oiseaux, et le bruits du Gard, et le vent dans les arbres. François
tremblait, je m’approchai de lui, l’aidait à descendre du monticule où il se
trouvait. Il m’étreignit. Je lui embrassai la bouche fougueusement. Spinoza avait
encore vaincu. Mais la
fraction armée spinoziste était portée manquante. Et puis, tout à coup, le
descente, l’horreur, la puanteur du sang et de la cordite, la vision atroce
de la mort de l’homme, la détresse de la douleur, la haine de l’inutile. Cela
ne fait rien. À deux,
maintenant, nous allons fuir. Thorez Rouge va nous poursuivre comme des
chiens enragés, d’ailleurs se sont des chiens, mais on va voir. Cela serait
bien le bout du monde si ces stals étaient capables de coincer Spinoza !
Et puis tout va bien : j’ai regardé mes bottes. Pas d’accrocs
importants. Bien sûr le lézard mauve est couvert de poussière, mais, en
dessous, c’est bien lui. Ce n’est pas l’idéologie signifiée qui nous pousse
au meutre organisé, mais plutôt l’idéologie signifiante. Pour certains, cela
dévalorise nos luttes, pour nous, c’est la seule justification. Nous avons
commencé à récupérer sur les cadavres ce qui allait nous aider à survivre. Jean-Bernard
Pouy (Spinoza encule Hegel, Edition Canaille) |
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