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La conjuration des imbéciles (extrait) |
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L'agent de
police Mancuso regarda de nouveau le journal. Puis il le porta à hauteur de
sa poitrine et l'éclair du magnésium reluisit. C'était son propre Brownie
qu'il avait apporté au commissariat pour demander au sergent de bien vouloir
le photographier dans un décor officiel : devant le bureau du sergent, devant
le perron du commissariat, une voiture de patrouille, une contractuelle
spécialisée dans les contraventions aux abords des écoles, quand la vitesse y
est limitée à l'heure de la sortie et de l'entrée des élèves. Quand il ne resta plus qu'une seule photo
à prendre, l'agent de police Mancuso décida d'organiser une petite mise en
scène en combinant plusieurs des accessoires en un final plus spectaculaire.
Tandis que le contractuelle, jouant le rôle de Lana lee, montait à bord de la
voiture de patrouille en grimaçant et en montrant le point d'un aire vengeur,
l'agent de police Mancuso faisait face à l'appareil avec un sourire sévère. – Bon, Angelo, tu n'as plus besoin de moi
? demanda la contractuelle, pressée de regagner son territoire avant la fin
des limitations de vitesse scolaires du matin. – Oui, merci beaucoup, Gladys, dit l'agent
de police Mancuso. C'est mes gosses qui voulaient plus de photos pour les
montrer à leurs tits copains. – Oui, bien sûr, lança Gladys quittant le
commissariat à la hâte, son sac en bandoulière tout gonflé de formules de
contravention. Y z'ont vraiment le droit d'être fier de leur papa, moi chte
l'dis. Ça m'a fait plaisir de t'aider mon vieux. Et dés que tu veux prendre
d'autres photos, t'as qu'à m'faire signe, d'acc ? Le sergent jeta la dernière ampoule du
flash dans une corbeille et posa lourdement la main sur l'omoplate de l'agent
de police Mancuso. – A vous tout seul, vous démant'lez le
réseau de pornographie le plus actif de la ville, dites donc ! Il asséna une claque sur l'omoplate de
l'agent de police Mancuso. "C'est Mancuso qui nous amène une
bonne femme que nos plus fins limiers, nos plus rusés inspecteurs avaient
jamais réussi à poisser, dis donc ! Et c'est pas tout. Mancuso a travaillé
sur cette affaire pendant ses congés et en dehors des heures de service. Mancuso
est en mesure de reconnaître un des complices de la bonne femme. Et quel est
l'agent qui a bossé sans répit pour être à même de nous amener des suspects
comme ces trois bonnes femmes là – Mancuso, encore lui ! La peau olivâtre de l'agent de police Mancuso
se teinta légèrement sous l'afflux de sang, sauf dans quelques régions bien
délimitées de son visage, qu'avaient écorchées les trois furies. Dans ces
régions-là, sa peau étaient rouge, tout simplement. – Oh, un coup de chance, avança timidement
l'agent de police Mancuso, éclaircissant sa gorge de quelque humeur
imaginaire. On m'avait indiqué cet endroit. Et puis ce Burma Jones m'a dit
d'aller regarder dans ce p'tit placard, sous le bar. – Non, non, non, vous avez monté une
descente de police à vous tout seul, Angelo, voilà la vérité. Angelo ? Il passa par toutes les couleurs
du spectre, du violet à l'orange. "Je ne serais pas surpris que vous
ayez droit à de l'avancement pour ce coup-là, mon p'tit vieux. Ça fait bien
longtemps que vous êtes simple agent en tenue. Et y a deux jours, on m'aurait
d'mandé mon avis, j'disais que vous étiez complètement branque ! Vous vous
rendez compte ? Qu'est-ce que vous en dites, hein, Mancuso ? L'agent de police Mancuso s'éclaircit de
nouveau la gorge avec un extrême violence. – Chpeux reprendre mon appareil photo ?
demanda-t-il ineptement quand son larynx fut enfin dégagé. John Kennedy Toole (La conjuration des imbéciles) |
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